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Ces enfants-là

Souvent lorsqu’on se promène, je les vois ces enfants-là, ceux qui se reculent légèrement à la vue d’un simple geste, presque invisibles, attentifs aux moindres signes, en alertes constantes. Ceux qui n’ont peur de rien, juste peur d’eux. Ces enfants-là qu’on dénigre, ces enfants-là qu’on pointe du doigt parce qu’on ne les comprend pas, de l’extérieur comme de l’intérieur. Ces enfants-là qui ont le sourire, la bêtise facile, la larme difficile et l’enfance discrète. Ces enfants-là qui grandissent trop vite, qui apprennent trop vite. Ces enfants-là qui ne le sont déjà plus.

Ces enfants-là qui reconnaissent le bruit de la porte qui claque, de la colère qui monte, du verre de trop qui pousse à. Ces enfants-là qui savent ce qui va leur arriver rien qu’au son du pas qui approche. Ces enfants-là qui ont appris bien trop tôt à savoir survivre, à savoir quoi dire, à savoir comment réagir. Ces enfants-là qui ne connaissent pas le mot confiance. Ces enfants-là qui ont cessé de crier, qui ont cessé de penser. Ces enfants-là qui ne sont plus là. Ces enfants-là dont l’entourage se fou.

Ces enfants-là, je les reconnais presque trop bien. Les habitudes qu’ils ont, les gestes de repli, leurs colères grandissants, leurs haines pour survivre, leurs yeux presque vides, leurs sourires faux. Ces enfants-là qui n’ont jamais cru aux mains tendus. Ces enfants-là qui sont là malgré eux, qui attendent le prochain cri, la prochaine colère, le prochain coup. Ces enfants-là qui pensent encore que c’est de leurs fautes, qui s’excusent d’être là, qui veulent simplement que ça se finisse. Ces enfants-là qui ont appris à se modeler, à être autrement, à faire comme il faut ou presque. Ces enfants-là, à la coquille vide et aux murs immenses.

Ces enfants-là qui ne comprennent pas pourquoi. Ces enfants-là qui pleurent loin des regards, ces enfants-là qui n’ont aucune faiblesse. Ces enfants-là qui grandissent malgré tout. Ces enfants-là qui ne savent pas comment. Ces enfants-là qui ne s’étonnent plus. Ces enfants-là qui savent que la seule chose qui peut les protéger, c’est eux-même, et encore parfois ils doutent. Ces enfants-là qui ne voient pas le bout du tunnel. Ces enfants-là qui ne connaissent que ça.

Ces enfants-là qui deviennent des adultes. Ces adultes qui savent. Ces adultes qui se sont construits comme ils pouvaient, avec des fondations faussées, des murs branlants. Ces adultes qui ont une partie en moins. Ces adultes qui ne sont pas vraiment des adultes et qui n’ont jamais été vraiment des enfants. Ces adultes qui ne comprennent toujours pas pourquoi, ni comment.

Cet enfant-là, cet adulte-là.

pelucheSource

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10 commentaires

  1. Dire que tu penses fermer cet espace… Sottise oui ! J’adore ta façon d’écrire. Des bisous, des câlinous, des chaudoudous et des coups (à boire) (c’était pour la rime, j’ai pas trouvé mieux)
    <3

  2. <3
    Tellement pas de mots, juste merci pour ces enfants-là.

  3. C’est terriblement vrai … Merci pour cet article.

  4. Pimpiche Pimpiche

    Ton texte est magnifique et bouleversant à la fois. Merci.

  5. Merci à toi pour ce texte magnifique et tellement vrai qui me touche particulièrement, moi qui ne comprends toujours pas pourquoi, effectivement.

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